Inscrivez-vous à la newsletter :

BLOGCULTURE PARFUM

osmothèque parfums

SCROLL

Entre nature et synthèse : isolats et produits d’hémi-synthèse par Ange Zola

Entre nature et synthèse : isolats et produits d’hémi-synthèse par Ange Zola
Article paru dans les les Nouvelles de l’Osmothèque n°63 en juin 2014

Entre nature et synthèse : isolats et produits d’hémi-synthèse

Les amateurs de parfums connaissent les produits naturels et les produits de synthèse. Mais peu de gens savent qu’il existe une catégorie intermédiaire, les “isolats”, qui eux-mêmes permettent la création d’autres produits, appelés “produits d’hémi-synthèse”.
Jusqu’au milieu du siècle dernier, les produits naturels occupaient une place importante dans la formulation des parfums. Pour élargir la palette du parfumeur, les chimistes se sont intéressés à la composition de ces produits naturels pour en extraire des constituants purifiés au pouvoir olfactif plus performant. Ils ont découvert que les Huiles essentielles (H.E) étaient les matières premières qui se prêtaient le mieux à ce genre d’extraction, compte tenu de leur abondance, de leur coût et de la présence, en quantités importantes, de molécules intéressantes. A l’inverse, les recherches se sont rapidement arrêtées pour les absolues, beaucoup plus chères et dans lesquelles le constituant intéressant était toujours en quantité plus faible que dans l’H.E. correspondante. Par exemple, l’acétate de linalyle est plus abondant dans l’H.E. de lavande que dans l’absolue correspondante.
L’extraction de certaines molécules naturelles à l’intérieur d’une H.E. conduit à ce qu’on appelle un “isolat “ ; la technique utilisée est le « fractionnement » de l’H.E. La transformation de l’isolat donnera dans un second temps ce qu’on appelle un “produit d’hémi-synthèse”.
1. Les isolats
Les H.E. contiennent de nombreuses molécules, dont certaines sont particulièrement intéressantes pour le parfumeur.
Dans la majorité des cas, il s’agit d’une molécule terpénique. On extrait la molécule lorsque sa concentration dans l’H.E. est élevée (de l’ordre de 80%). C’est le cas pour le linalol du bois de rose ou du Shiu (Ho Wood de Chine) de la coriandre (le linalol prend alors, chez certains fabricants, le nom de “coriandrol”), l’eugénol du girofle feuilles, le citral du litsea et du lemongrass, le citronellal de la citronnelle, l’eucalyptol de l’eucalyptus Globulus, le menthol de la menthe Arvensis et l’anéthol de la badiane.
La Rose Jacqueminot (1904) COTY, contient du Rhodinol.
Les molécules sesquiterpéniques sont également extraites de quelques H.E. : le cédrol du cèdre Texas, le gaïol du bois de gaïac, l’amyrol de l’amyris, le sclaréol de la sauge sclarée.
Quelquefois, ces isolats ne sont pas constitués d’une molécule bien définie, mais d’un mélange plus complexe qu’un fractionnement ne peut séparer : c’est le cas du vétyvérol, obtenu aujourd’hui à partir du vétyver Haïti ou Java (depuis la disparition du marché du vétyver bourbon) qui est un mélange très complexe d’alcools sesquiterpéniques, aujourd’hui encore peu identifiés (khusimol, isovalencénol, …). De même, le rhodinol, initialement obtenu à partir du géranium bourbon, est obtenu aujourd’hui par fractionnement du géranium Chine et est constitué principalement de citronellol, nérol et géraniol.
Les progrès dans les techniques d’extraction permettent aujourd’hui d’extraire des molécules en plus faible concentration dans des mélanges beaucoup plus complexes. C’est le cas de l’acétate de benzyle de l’ylang-ylang (20%) ou de molécules plus confidentielles : le diosphénol du bucchu, le nérolidol du cabreuva, le carotol de la carotte, l’undécatriène du galbanum.
2. Les produits d’hémi-synthèse
Il s’agit de produits obtenus par transformation chimique à partir d’un constituant naturel, contenant déjà la plus grande portion de la future molécule.
A partir des alcools terpéniques précédents : le linalol va conduire à l’acétate de linalyle, le citronellol à l’acétate de citronellyle, le géraniol à l’acétate de géranyle, etc.
A partir des alcools sesquiterpéniques : le vétyverol conduit à l’acétate de vétyvéryle, qui est certainement le produit d’hémi-synthèse encore aujourd’hui le plus utilisé. Les techniques de séparation du vétyvérol (plus ou moins bien fractionné), le procédé d’acétylation, l’H.E. de départ (Haïti, Java, Chine, Brésil ou cocktail de ces H.E.) font que chaque fabricant a un produit original, non substituable par un produit concurrent.
Le gaïol conduit à l’acétate de gayile, à la note rosée-boisée, l’amyrol à l’acétate d’amyrile, à l’odeur légèrement santalée et le sclaréol à l’ambroxan, à la senteur ambrée.
Vetiver (1959) GUERLAIN, contient de l’acétate de vétyvéryle.
Quelques rares produits autres que des alcools sont utilisés comme produits de départ : le citral va conduire au diéthylacétal du citral ; l’alpha et béta cédrène du bois de cèdre vont donner le vertofix (ou méthyl cédryl kétone), molécule extrêmement importante aujourd’hui encore en parfumerie.
La transformation en esters de ces alcools va conduire à des molécules généralement plus fleuries, plus fruitées ou plus rosées que l’alcool correspondant. En revanche, ces molécules obtenues par traitement chimique auront perdu leur caractère naturel et ne seront plus considérées que comme “identiques nature” (comme l’acétate de linalyle) ou synthétiques (comme l’acétate de cédryle), contrairement aux isolats.
La tendance actuelle semble aller vers la diminution de la production des isolats et donc des produits d’hémi-synthèse, effectivement concurrencés par les produits de synthèse correspondants, ô combien moins chers. Un isolat coûte environ deux fois le prix de l’H.E. correspondante, et un produit d’hémi-synthèse, environ trois fois plus…
De plus, la réglementation draconienne, qui conduit bien souvent à une simplification des formules de parfum, limite malheureusement l’utilisation de ces produits. L’industrie des arômes est au contraire grosse consommatrice de ces isolats naturels, qui permettent un étiquetage « 100% naturel », de même que la cosmétique, qui est alors en accord avec la réglementation Ecocert.
On peut regretter que la multiplication de ces contraintes appauvrisse la palette du parfumeur, et fasse peu à peu disparaître également un savoir-faire, puisque certaines spécialités ne sont plus utilisées et disparaissent.
La parfumerie de niche, friande de belles matières premières naturelles, et les grandes maisons françaises de Parfumerie, soucieuses de maintenir le standing de leurs parfums par l’utilisation de quelques beaux produits naturels, sont des partenaires importants dans le maintien de ces spécialités.
Souhaitons que la tendance du “tout naturel”, chère aux consommateurs, redonne un coup de jeune à ces produits, avec la formation des parfumeurs juniors dans les sociétés spécialisées.

REVENIR SUR LE BLOG