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Programme conférences et visites  Premier trimestre 2016
Programme conférences et visites Premier trimestre 2016

Lundi 30 mai : « Lubin, Parfumeur depuis 1798« . Intervenants : Thomas Fontaine, Gilles Thévenin. Lieu : Paris (18h30-20h)

 

Samedi 09 avril : « Marques de niche et Collections Privées, où en est la parfumerie d’auteur aujourd’hui ?« , conférence par Stéphanie Bakouche. Lieu : Versailles (14h30-17h)

 

Samedi 12 mars : Ouverture de l’Osmothèque, à l’occasion de la journée « Portes ouvertes » de l’Isipca. Lieu : Versailles. (10h00-17h00)

 

Mardi 8 mars : « Les femmes parfumeurs – Portraits », conférence par Emmanuelle Giron. Lieu : Paris (18h30-20h30)

 

Jeudi 25 février   : « La Mode retrouvée – Les robes trésors de la comtesse Greffulhe », visite guidée de l’exposition Lieu : Musée Galliera (19h00-20h30)

 

Samedi 13 février : « Poiret, de la couture aux parfums de Rosine », conférence par Patricia de Nicolaï « . Lieu : Versailles (10h00-12h30)

 

Lundi 8 février : « Volnay, parfumeur à Paris depuis 1919 », conférence par Muriel Madeline, Amélie Bourgeois et Jean-Marie Martin Hattemberg. Lieu : ESCE, Paris (19h00-20h30)

 

Samedi 23 janvier : « La Maison Houbigant », conférence par Jean Kerléo Lieu : Versailles (14h30-16h30)

 

Le programme complet des conférences classiques sur l’ « Histoire de la parfumerie de l’Antiquité à nos jours » est consultable en ligne sur le site de l’Osmothèque. Lieu : Versailles (Samedi matin ou après-midi selon les dates)  

 

Contacts :

SAO : Sophie d’Auber (06 60 63 68 80) sdauber@akeonet.com

Osmothèque : Anne-Cécile Pouant (01 39 55 46 99) acpouant@osmotheque.fr

Fève Tonka et coumarine : de la fève aux cristaux
Fève Tonka et coumarine : de la fève aux cristaux

Cette matière première très appréciée en parfumerie, et aujourd’hui de plus en plus connue pour son utilisation en pâtisserie, est une des matières premières ancestrales de la parfumerie. Multifacette, c’est un produit d’une grande richesse olfactive qui fascine depuis toujours.

La fève tonka est en réalité la semence du Dipteryx Odorata Willd. (contenue dans le noyau du fruit). Cet arbre, pouvant mesurer 20 à 25 mètres de hauteur et avec un tronc qui peut faire jusqu’à 1,20 mètre de diamètre, pousse principalement dans les forêts d’Amérique tropicale au Vénézuela, au Brésil, et en Guyane. Elle peut également provenir de deux autres variétés de Dipteryx les Dipteryx Oppositifolia Wild. et Pteropus Taub.

 Un arbre adulte produit environ 15kg de semences par an. La production annuelle de fèves tonka varie de 60 à 100 tonnes selon les années, et dépend fortement du climat.

Arrivés à maturité en hiver, les fruits tombent naturellement et la récolte se fait au printemps. Elle a lieu en forêt ; au Vénézuela, les fruits sont ramassés par les autochtones (tribus indiennes Panares, Piaoras, …) ou par les villageois de la région du Caura, puis séchés. Noix et pulpe sont ensuite brisées pour récupérer la fève dont la peau est brune et la chaire grasse et couleur ivoire. Après une étape de séchage à l’ombre, les fèves sont mises à macérer dans l’alcool à 65° pendant une demi-journée. L’alcool est ensuite décanté avant une ultime étape de séchage, la plus longue (5 à 6 jours), étape importante permettant l’apparition des cristaux blancs de coumarine à la surface des fèves.

Les fèves sont traitées sur place grâce aux solvants volatils. On obtient alors un résinoïde (avec un rendement variant de 25 à 45%) qui, après rinçage à l’alcool (70-80°), donne l’absolu de fève tonka (rendement de 10 à 15% par rapport à la fève). Résinoïde et absolu présentent une couleur qui va de l’ambré clair au brun jaunâtre.

Sur place, les habitants la consomment peu et n’en font qu’une utilisation thérapeutique pour soigner certaines affections. La fève tonka a la réputation d’un produit tonique aux propriétés anticoagulantes.

Son utilisation sert dans un premier temps au parfumage … des armoires ! En effet, réduite en poudre, la fève est vendue en petits sachets à placer entre les piles de linge. Elle sera ensuite utilisée pour le parfumage de tabacs à priser ou de pipe (pratique aujourd’hui interdite), avant de prendre un véritable essor en parfumerie, notamment grâce à Guerlain qui en fera très tôt, du fait de sa richesse olfactive, l’une de ses matières fétiches en l’intégrant à sa célèbre Guerlinade (véritable signature olfactive de la marque, résultant de l’assemblage de matières premières naturelles qui lui sont chères : bergamote, jasmin, rose, iris, vanille, et fève tonka. A l’origine, Guerlinade est le nom d’un parfum créé par Jacques Guerlain en 1921).

Olfactivement très riche, la fève tonka a une odeur suave aux multiples facettes : gourmande tout d’abord avec des notes amandées, vanillées, voire caramel, mais aussi agreste, herbacée, avec des notes de foin coupé ou encore de tabac blond.

La richesse de ce produit provient aussi de son composant principal : la Coumarine (relevons le fait qu’en botanique, le Dipteryx odorata Willd. est également appelé Coumarouna odorata Aubl.). Comme nous l’avons vu, elle apparaît naturellement sous forme de cristaux lors de l’ultime étape de séchage des fèves. Isolée de la fève tonka en 1820, la coumarine est synthétisée pour la première fois en 1868 par le chimiste William Perkin. En 1884, Paul Parquet est le premier à l’utiliser en créant le célèbre Fougère Royale pour Houbigant : ainsi naît la famille olfactive des fougères. Basée sur un accord bergamote-lavande-géranium-coumarine-mousse de chêne, cette famille est l’une des 7 familles olfactives répertoriées en parfumerie.

Très longtemps considérée comme une référence en matière de parfumerie masculine avec ses notes lavandées, la famille fougère a évolué peu à peu pour répondre à des problèmes de législation (par exemple pour la mousse de chêne) mais aussi et surtout à un besoin de modernisation de la note. Ainsi, dans les années 70, l’accord fougère prend un nouvel élan grâce aux molécules de synthèse, pour enfin connaître de nombreuses variations (ambrées, fruitées, épicées, …) actuellement encore leaders du marché telles que Le Mâle de Jean-Paul Gaultier (Floriental avec facette Fougère), ou encore Hypnôse Homme de Lancôme (Fougère fleurie ambrée).

Qu’en est-il alors de l’utilisation de la fève tonka dans la parfumerie actuelle? La coumarine concurence-t-elle cette matière première qui est l’une des matières naturelles les plus luxueuses de la parfumerie ? Quelles sont les caractéristiques de chaque note ?

Francis Kurkdjian, Parfumeur Senior chez Takasago, répond à ces interrogations en expliquant que la coumarine est une matière synthétique des plus intéressantes, «elle remplit pleinement son rôle car elle présente de nombreuses facettes (douces, amères, amandées, poudrées) proches du naturel et à un prix très largement inférieur. La fève tonka est constituée à plus de 80% de coumarine. Aussi, en fonction du rapport rendu olfactif/prix, il est parfois préférable d’utiliser de la coumarine. En effet, pour un dosage relativement important de la note tonka à 2-3%, la fève tonka représente un budget très lourd dans une formule. En considérant la demande du marché actuel où les parfums se doivent d’être toujours plus performants olfactivement et à moindre coût, la coumarine lui est donc préférée dans la majorité des cas ».

La tendance qualitative actuelle, notamment pour la parfumerie de niche, prône un certain retour aux naturels. Ainsi, seules des créations sans contraintes de coût de formule et ayant de fortes exigences de création peuvent se permettre d’affirmer la présence d’absolu de fève tonka dans leur formule. F. Kurkdjian précise que, dans sa propre maison (Maison Francis Kurkdjian Paris), certains parfums revendiquent la présence d’une note fève tonka : « si elle est revendiquée, c’est que le parfum en contient et dans des proportions honorables». Argument marketing pour certains ou réel respect de l’exigence de la création pour d’autres, tout est question de proportion et d’éthique.

Un bon exemple d’utilisation récente de la fève tonka est le parfum Tonka de Réminiscence-Paris créé en 2013. Ce parfum, nouvel acteur de la ligne solinote de la marque qui présente pour chaque création une matière première noble de la parfumerie, se fait ici l’ambassadeur de la fève tonka. Cette dernière y est sublimée grâce à une note miel. Cette note balsamique aux accents de ciste et d’amande amère équilibre la note gourmande vanillée apportée par la tonka du Vénézuela, tonka dont l’effet foin contrebalance à son tour le côté sucré du miel.

Les matières premières naturelles semblent donc de plus en plus utilisées en association avec des molécules de synthèse, afin de sublimer la note tout en limitant son coût.

François Robert, Parfumeur-Créateur chez Quintessence Fragrances, explique que la fève tonka « en association avec la coumarine donne un côté plus chaud, plus onctueux et beaucoup plus puissant ». L’ajout de matières naturelles permet aussi parfois d’arrondir certaines facettes des molécules de synthèse et inversement. Ainsi, toujours selon F. Robert, si la coumarine peut développer un côté trop médicamenteux à dosages importants, l’ajout de fève tonka permet d’arranger le fond de la note.

On constate que la note tonka, naturelle ou apportée par la coumarine, est aujourd’hui encore au centre de la création en parfumerie. En témoignent Tonka impériale de la collection exclusive Guerlain ou encore le dernier né de la Collection Privée Christian Dior Parfums, Fève délicieuse. Sa richesse olfactive oscillant entre gourmandise et amertume est plus que jamais promesse de jolies découvertes ou redécouvertes parfumées.

Je tiens à remercier très sincèrement Messieurs Ange Zola, François Robert et Francis Kurkdjian, tous trois actifs au sein de l’Osmothèque, pour leur contribution à cet article.

Clémence DECOLIN

Diplômée ISIPCA

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